Le Primitivisme, tendance artistique en art moderne, qui touche les arts plastiques et la littérature. Il prend naissance au XIXe siècle et se poursuit au début du XXe siècle. Ce courant exprime un refus des valeurs bourgeoises représentées par l’industrialisation galopante et dévastatrice sur les plans sociaux et culturels. En termes artistiques, les canons anciens et officiels sont remis en question, voire rejetés pour favoriser une expressivité intérieure sans passer par l’apprentissage académique.

De nombreux artistes se tournent alors vers les sociétés dites « primitives » d'Afrique et d'Océanie, attirés par leurs manières de vivre, proches de la nature, et par leurs arts. Ils y puisent les conceptions formelles pour interpréter leur sensibilité propre. Ils y voient également l’authenticité et la spontanéité, deux valeurs qui leurs semblent avoir été écartées par le mode de vie bourgeois matérialiste, qui prend de plus en plus d'importance au XIXe siècle. Les artistes se familiarisent avec les « arts primitifs » dans les musées ethnographiques et auprès des marchands. Vis-à-vis du public occidental, les objets africains passent progressivement de la sphère d’objets ethnographiques à la sphère d’objets artistiques. Selon l'auteur Colin Rhodes, « Le primitivisme décrit un fait occidental et n'implique pas de dialogue direct en l'Occident et ses 'autres'. Dans le cadre de l'art moderne, il se rapporte à une attirance pour des gens extérieurs à la culture occidentale, perçus à travers la lentille déformante des conceptions occidentales du 'primitif' générées à la fin du XIXe siècle » (Rhodes 1997, 8).

Ainsi, la découverte de l'art africain par les artistes a lieu dans un environnement historique et mental intimement lié avec l'expansion territoriale de l'Europe, où l'Occident est directement mis en contact avec les cultures exotiques1mais sans qu'aucune étude approfondie ne soit encore véritablment établie.

Le précurseur de cette démarche artistique est Paul Gauguin. En s'inspirant des arts orientaux, égyptiens, océaniens et même bretons, il renouvelle les sources de l'art en y recherchant l'inspiration et développe un regard nouveau sur les objets non-européens. Il pousse même la démarche jusqu'à s'expatrier dans les îles du Pacifique, comme Tahiti2. Il est las de la société et du style artistique de son époque, et affirme : « Nous sommes tombés dans l'abominable erreur du naturalisme. La vérité, c'est l'art cérébral pur, c'est l'art primitif »3.

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1De nombreux objets culturels non-européens arrivent en Europe et constituent tant des collections publiques (ethnographiques) que des collections privées (trophées d'administrateurs coloniaux, marchands).

2Toutefois, Gauguin ne parvient pas à trouver dans les îles ce qu'il recherche : « Avoir fait tant de chemin pour trouver cela, cela même que je fuyais ! Le rêve qui m'amenait à Tahiti était cruellement démenti par le présent : c'est la Tahiti d'autrefois que j'aimais. Et je ne pouvais me résigner à croire qu'elle fut tout ç fait anéantie, que cette belle race n'eut rien, nulle part, sauvegardé de sa vieille splendeur. Mais les traces de ce passé si lointain, si mystérieux, quand elles subsistaient encore, comment les découvrir, tout seul, sans indication, sans aucun appui ? Retrouver le foyer éteint, raviver le feu au milieu de toutes ces cendres... » (Gauguin extrait de Noa Noa 1893-94 in Metken 1990).

3Cité dans Jean Pierrard, Gauguin. Le génie du Pacifique, Le Point n°1618 du 19 septembre 2003 : 103-113.

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